Evolution climatique sur les Grands Causses

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Causses & Cévennes - UNESCO

Identité climatique ceinturée par de hautes terres : Aigoual, Mt Lozère, Aubrac, Lévézou, Mts de Lacaune.

Situation d'abri favorable à la dégradation des influences océaniques et méditerranéennes, qui se croisent sur l'ensemble caussenard.

Une riche palette de faciès climatiques, depuis la rigueur montagnarde du Causse Méjean, à la relative clémence du Rougier de Camarès.

Tendance à l'aridité montagnarde du Causse Méjean, comparable au Moyen-Atlas marocain. Encore plus marquée par des tourmentes neigeuses, ou l'intense sécheresse estivale, ponctuée d'orages violents.

Influence méditerranéenne la plus marquée sur le Rougier de Camarès, autant par l'occurence de la sécheresse estivale, que celle d'épisodes cévenols intenses.

Caractère prédominant : climat montagnard dégradé

Critères essentiels d'un climat montagnard  au seuil de 1200 mètres d'altitude :

  • Températures moyennes mensuelles inférieures à +7° durant le semestre froid ( novembre - avril ).

  • Premières gelées à -5°, associées ou suivies à intervalles de 5 jours, dès la 2ème quinzaine d'octobre.

  • Dernières gelées à -5°, associées à quelques tourmentes neigeuses, jusqu'à la 1ère quinzaine de mai, parfois au-delà.

  • Très fortes gelées  inférieures à -10°, au moins 1 fois entre 15 novembre et 15 mars.

  • Au moins 20 cm de neige au sol, avec rares interruptions, au coeur de l'hiver ( 21 décembre - 10 février ).

  • Manteau neigeux durable : nettement plus rare en novembre - décembre qu'en mars - avril.

  • "Trous à froid" remarquables au seuil de 800 - 900 mètre d'altitude ; gelées possibles tous les mois de l'année.​* (voir rubrique "mécanismes")

Ces  critères correspondent aux recherches réalisées entre les années 1950 et 1990. Dans le contexte du réchauffement climatique irrégulier, la rigueur montagnarde s'émousse inéluctablement. Le seuil retenu ici devient plus réaliste au niveau de 1500 mètres d'altitude, probablement durant la décennie 2020. Notre région n'aurait plus que des bribes anecdotiques du climat montagnard !

Référence au profil topographique

Une large superficie appartient aux plateaux des Avants-Causses, surmontés des vastes étendues tabulaires des Grands Causses. Leur ensemble, étagé de 700 à 1200 mètres d'altitude, reste constamment ouvert à la fluidité des masses d'air  qui s'entrecroisent sur l'isthme reliant golfe de Gascogne et golfe du Lion. 

Ce profil participe à l'accentuation des vents de secteur Nord-Ouest, associés à de fréquents renforcements du gradient de pression, entre anticyclone des Açores et dépression du golfe de Gênes. Ces nombreuses situations météorologiques apportent cette sensation de fraîcheur, commune à l'ensemble du Massif Central, surtout de novembre à avril.

De même, cette topographie assure la puissance du "vent du Midi", au moment des situations de blocage par un anticyclone européen. De plus, l'effet de foëhn favorise une accélération du vent déferlant des crêtes héraultaises.

Référence au profil altitudinal

Cette large superficie, qui s'étale au-delà du seuil de 700 mètres d'altitude, s'approprie une part graduelle des critères essentiels de l'ambiance hivernale en moyenne montagne. Il s'agit des premières neiges au sol, souvent associées aux premières fortes gelées ( seuil de  -5° ), dans un intervalle moyen de 4-5 jours. Ce changement de décor, accompagné souvent de paysages givrés, débute mi-octobre dès 1200 mètres d'altitude, seulement mi-novembre sur les Avants-Causses.

Ensuite, ces critères s'ancrent plus ou moins solidement selon l'étagement des plateaux, avant de s'étioler sensiblement dès la mi-mars.Ce marqueur climatique s'aligne en toute logique avec les consignes de déneigement des différentes DDE, fixées du 15 novembre au 15 mars.

Point stratégique du Mont-Aigoual

Ce massif granitique, inclus dans un périmètre de 1400-1500 mètres d'altitude, constitue un bon repère thermique au niveau 850 hPa, là où la fluidité des masses d'air n'est guère parasitée par la rugosité du relief sous-jacent. A ce propos, il s'avère essentiel de suivre les températures maximales, plus réalistes que les minima nocturnes, influencés par le rayonnement infra-rouge.

Ainsi, l'Observatoire de l'Aigoual peut être considéré comme un "phare des Grands Causses", une place de choix sur la trajectoire des influences aquitaines en bout de course, en alternance avec la trajectoire la plus fréquente des épisodes cévenols. Ce qui se passe au-dessus de l'Aigoual s'apparente à la situation atmosphérique qui intéresse l'ensemble de la région,  à condition que la masse d'air présente des propriétés homogènes sur toute la zone concernée. Dans ce cas-là, ce sont le facteurs topographiques locaux qui concrétisent  l'aspect du temps qu'il fait , selon l'étagement du climat montagnard dégradé.

 

Référence chronologique

Ce caratère montagnard dégradé correspond à une période relativement stable, après une lente remontée des températures depuis 1880 environ. Ce léger réchauffement, attribué pour une grande part à la constance des variations naturelles, se stabilise durant la décennie 1930. Ensuite, l'intervalle 1940 - 1990 connaît une phase de refroidissement modéré, bien ressenti pendant la décennie 1960. Souvenons-nous de l'hiver profond 1962-63 ! Pourtant,tout au long des 90 années, sur une moyenne glisée de 11 ans, les écarts thermiques sont toujours inférieurs à 0.5°. Donc voilà une solide référence pour l'attribution de critères climatiques fiables. Cela permet d'évaluer plus efficacement les signes d'un changement profond, dans le contexte d'un réchauffement accéléré depuis la fin des années 1980.

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Schématisation des faciès cllimatiques

 Si le climat montagnard dégradé constitue le caractère prédominant sur les Grands Causses, il n'en demeure pas moins que sa dégradation s'accentue progressivement à mesure que l'on s'éloigne du seuil de 1200 mètres d'altitude. Déjà, au-dessous des grandes tables calcaires, sur les Avants-Causses, ce sont les deux influences majeures (océanique et méditerranéenne), qui laissent leur empreinte indéniable. Effectivement  ce sont les hautes terres de l'Aubrac, Mt Lozère, le bloc cévenol, couronné par l'Aigoual, qui  conservent le mieux la rudesse du Massif Central, et s'apparentent le mieux au climat montagnard.  Il suffit de rappeler cette expression utilisée par nos "Anciens caussenards", blottis au coin du feu un soir d'hiver : " Tiens ! Il a beaucoup neigé hier sur le Massif Central !". Une façon de souligner la relative clémence dont peut bénéficier la région par rapport à une grande partie du territoire lozérien, pourtant tout proche. Mais justement, la configuration du relief qui ceinture notre périmètre, vers le quadrant Nord-Est, met un terme à l'influence aquitaine en bout de course. Au contraire, elle ne laisse que rarement le passage à une influence à tendance continentale , souvent rigoureuse du côté de l'Auvergne. Dans un contexte de réchauffement climatique, très sensible depuis la décennie 1990, cette dégradation du caractère montagnard ne peut que se poursuivre, même à cadence irrégulière. 

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Dans ce contexte global, une schématisation facilite la distinction des faciès principaux :

Le domaine le plus rude : 1500 - 1200 mètres.

La rudesse baisse d'un cran : 1200 - 800 mètres

Sensible dégradation : 800 - 600 mètres.

A la croisée des chemins sur le Larzac.

Le domaine le plus clément : 600 - 300 mètres.

Le 2ème niveau recouvre aussi bien les causses les plus élevés que les dômes cristallins, terres "froides" mieux exposées à une certaine fraîcheur océanique.

Le Larzac se distingue comme une terre de transition, ouverte aux deux influences représentées sur la cartographie, avec une stigmatisation plus marquée  de celle provenant du golfe du Lion.

Le 3ème niveau correspond aux Avants-Causses, dont la médiocre altitude tempère les ardeurs des types de temps les plus agressifs.

Enfin arrive le 4ème niveau, celui où le Rougier de Camarès représente son originalité, faite à la fois de clémence et de sévérité, lorsque sévissent  certains excès méditerranéens, que ce soit une intense sécheresse, ou quelques pluies extrêmes.

L'altération des deux influences (océanique et méditerranéenne), qui constituent le socle climatique de la région, dépend à la fois de la latitude et de l'altitude. De l'Aquitaine aux Alpes du Sud, la trajectoire des dépressions océaniques atteint une fréquence nettement plus faible  qu'au nord du 45ème parallèle. De plus, à altitude égale, le bilan radiatif d'avril à septembre se traduit par l'augmentation des températures. Donc, le climat océanique adopte une nuance aquitaine, marquée essentiellement par une amplitude annuelle plus élevée, des étés chauds et orageux. Cette tendance s'amenuise vers les Grands Causses, surtout au seuil de 800-1200 mètres d'altitude, lorsque l'influence montagnarde impose sa tonalité, mais s'impose plutôt sur les Monts de Lacaune, Lévézou et Aubrac. Au contraire, sur la partie orientale du Sauveterre et du Méjean, l'altération laisse l'avantage au faciès semi-continental, celui qui se distingue surtout par la fréquence des froids secs, de décembre à mars, ainsi que l'accentuation orageuse en été. 

En ce qui concerne l'influence méditerranéenne, son altération s'affirme nettement dès le franchissement de la barrière cévenole, sous l'action des mécanismes orographiques, explicités par ailleurs. Par contre, la sécheresse estivale demeure un des aspects climatiques les plus constants, essentiellement jusqu'aux confins du Larzac et du Rougier de Camarès. Ensuite, ce caractère estival se place en interférence avec  les types de temps orageux , qui proviennent de l'Aquitaine pour emprunter la trajectoire Ségala-Lévézou-Aubrac, débordant aussi sur Sauveterre et Méjean.   

Episodes cévenols authentiques et averses méditerranéennes extensives

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Cette cartographie représente  le cadre optimal de développement des épisodes méditerranéens, qui retrouvent  ici tous les ingrédients nécessaires à leur puissance maximale, d'où le modèle météorologique : "épisode cévenol". On distingue 5 trajectoires principales, les 2 plus fréquentes des Cévennes gardoises à l'Espinouse. Il s'agit là des systèmes pluviaux "dopés" essentiellement par le forçage orographique. Son effet se dégrade rapidement au-delà de la ligne de crêtes, aussitôt se manifeste une "ombre pluviométrique" qui concerne l'ensemble des Grands Causses. C'est le plus souvent l'amont des bassins-versants qui reçoit les cumuls pluviométriques au seuil des 200 mm/24h. Dans ces cas-là, les valeurs ne dépassent guère les 50 mm au niveau des différentes confluences avec le Tarn.

Néanmoins, certaines situations météorologiques permettent le développement "d'averses extensives", qui peuvent s'exprimer jusque sur les Causses du Quercy, en conservant des cumuls remarquables, supérieurs à 100 mm/24h. Ces situations correspondent à un blocage tenace de l'anticyclone européen, associé à une trajectoire plus méridionale du jet-steam.  Ainsi se succèdent des dépressions  redynamisées en atteignant le golfe du Lion.

De cette cartographie sont exclus les MCS ( systèmes convectifs de moyenne échelle ), ceux qui ravagent une zone très localisée, et qui peuvent sévir exceptionnellement sur les Grands Causses, comme en 1992 ou 2014.

Ces types de temps extraordinaires sont les seuls à déjouer le rôle essentiel de "l'ombre pluviométrique", mécanisme immuable  sur une zone de 10-20 km au-delà de la ligne de crêtes. Le changement de temps est proportionnel au potentiel d'instabilité de la masse d'air, des entrées maritimes qui se déchirent  ou  des pluies soutenues qui se tarissent dès que le flux méditerranéen atteint le milieu du Rougier de Camarès ou du Larzac. A peine l'ennuagement ou la pluviosité  sont-ils régénérés sur les reliefs du Ségala ou du Lévézou, avant de se désagréger systématiquement à travers le Causse de Séverac, à moins que les ingrédients d'une averse extensive ne leur accordent un sursis.

extrait de l'ouvrage  "Excès climatiques sur la Montagne languedocienne"

La trajectoire 1 concerne de manière récurrente l'ensemble caussenard, responsable des crues remarquables sur le Tarn moyen, entre Millau et Albi. La trajectoire 2 se focalise davantage sur les bassins-versants du Rance, Dourdou, Sorgues et Cernon.

Découpage saisonnier : baisse des réserves hydriques ( 1er avril - 30 septembre )

Ce choix correspond  à un souci d'harmonisation entre un raisonnement empirique, sorte de "bon sens paysan", et la rigueur scientifique. Cette démarche reste empreinte de prudence, tenant compte des incertitudes qui jalonnent constamment la recherche climatique, au carrefour de nombreuses disciplines. Dans une telle logique, il s'avère pertinent d'introduire quelques dictons populaires, qui transitent de générations en générations, témoignages d'une observation judicieuse des subtilités climatiques à l'échelon de chaque terroir. Et même s'ils paraissent se contredire, en fait ils traduisent la variabilité climatique naturelle. 

Coeur printanier : 1er avril - 10 mai

"En avril, ne te découvre pas d'un fil" ou bien " Tant que dure la lune rousse, les fruits sont sujets à la fortune"  Le 1er dicton fait référence à cette lutte incessante entre  masses d'air polaires et subtropicales. Cela peut se traduire par l'alternance irrégulière des épisodes pluvieux et des périodes sèches.

Paradoxalement, le risque de gelées tardives demeure récurrent, en raison  de phases de douceur plus précoces, et souvent plus persistantes. L'expression "lune rousse", généralement fin avril-début mai, est tout à fait perspicace, car certaines expulsions d'air arctique se concrétisent par des nuits claires, lune brillante, associée au faible taux d'humidité. Ce sont les conditions idéales pour un fort rayonnement nocturne, gelée sévère qui grille fleurs et jeunes pousses, leur donnant la couleur rousse au petit matin.

Printemps estival : 11 mai - 20 juin

"En mai, fais ce qu'il te plaît" ou encore "S'il  pleut à la St Médard, il pleut 40 jours plus tard, à moins que St Barnabé lui coupe l'herbe sous le pied" ( 3 jours plus tard ). Toujours en concordance avec cette variabilité constante. Des mois de juin maussades stigmatisent parfois des printemps "pourris" ! La tendance de juin se détectte assez souvent fin mai, selon la persistance de courants perturbés, ou au contraire l'installation de flux anticycloniques durables.

En réalité, s'ouvre une période où prédominent les masses d'air subtropicales, donc la chaleur remonte progressivement jusqu'à l'Aubrac. Néanmoins, l'abondance pluviale demeure irrégulière dans le temps et l'espace, avec l'apparition des orages localisés, en raison des derniers conflits intenses  avec l'air polaire encore en embuscade.

Coeur estival : 21 juin - 10 août

"Si le début de juillet est pluvieux, le restant du mois sera douteux" C'est tout de même le temps des  longues périodes de chaleur, marque constante  de la sécheresse méditerranéenne. Cependant, il arrive parfois que des perturbations océaniques, persistantes fin juin, se prolongent encore jusqu'à mi-juillet. Ces situations sont rares, les fréquentes incursions d'air polaire vers le golfe de Gascogne, se soldent plutôt par l'organisation de lignes orageuses, dont la sévérité s'exprime sur l'axe Ségalas, Lévézou, Aubrac. Dans ces cas-là, la séchersse se cantonne essentiellement du Rougier de Camarès au Larzac.  

Eté automnal : 11 août - 30 septembre

"A la Sainte-Claire, s'il éclaire et tonne, c'est l'annonce d'un bel automne"  ( 11 août ) ou encore  "A la mi-août, le temps s'arrange ou défait tout". A nouveau la contradiction, cela rejoint la logique de la variabilité qui se calque sur le cycle saisonnier du bilan radiatif. Les nuits s'allongent et redonnent un regain de fraîcheur en moyenne montagne. Les flux océaniques retrouvent le chemin de l'Aquitaine, le continent toujours chaud stimule l'instabilité potentielle des masses d'air humide. Les passages orageux deviennent plus fréquents, parfois violents et suivis de brusques rafraîchissements. De telles situations donnent un sentiment de fin d'été, néanmoins la chaleur demeure encore prédominante. 

Découpage saisonnier : recharge des réserves hydriques ( 1er octobre - 31 mars )

Coeur automnal : 1er octobre - 10 novembre

"S'il pleut à la Saint-Denis, en hiver beaucoup de pluie". ( 9 octobre ) ou bien "A la St Luc, neige sur les trucs". Le 1er dicton s'aligne sur le long terme, sa vérification reste donc aléatoire, malgré le retour de la "mousson méditerranéenne", toujours marquée par son irrégularité. Mais une telle éventualité n'est pas exclue, en raison d'un blocage persistant d'un anticyclone européen. Ainsi se développent quelques épisodes  cévenols intenses, ceux qui maintiennent un seuil élevé du risque d'inondations. Toutefois, les agriculteurs espèrent être épargnés par la violence orageuse, de manière à préparer leurs terres labourables pour les semailles d'hiver, profitant de fréquentes périodes calmes et ensoleillées, souhaitant tout de même ce "vent du Midi" annonciateur de pluies orographiques, celles qui sont exemptes des lignes orageuses dévastatrices.  Quant au 2ème dicton, il concerne notamment le domaine skiable de l'Aubrac, au seuil de 1400 mètres d'altitude. Ce sont les prémices de la saison froide, quand les flocons de neige virevoltent exceptionnellement sur les Grands Causses.

Automne hivernal ; 11 novembre - 20 décembre

"Pour Toussaint, neige par les champs, pour Noël, neige par les chemins" ou bien " Neige de l'Avent prend des dents". Voici la suite logique du scénario entamé fin octobre sur l'Aubrac. Ces dictons retracent la progressivité de la saison hivernale, marquée par les premières neiges. Même certains épisodes méditerranéens adoptent ce profil assez rude. On peut citer les 40 cm de neige qui perturbent les Avants-Causses début novembre 1980. Pour les "Anciens", la neige fait partie du décor durant les 3 semaines précédant Noël. En effet de fortes gelées commencent à durcir le sol, ainsi un tapis blanc s'incruste sur le pays, parfois pour de longues semaines au seul de 800 mètres d'altitude. Cette ascension régulière vers le coeur hivernal se trouve remise en question dans le contexte du réchauffement climatique.

Ce sont plutôt les situations  de blocage des flux océaniques qui conservent leur fréquence habituelle, en favorisant encore  des épisodes cévenols virulents, provoquant parfois les crues les plus volumineuses de  la "mousson méditerranéenne". Mais les solides assauts hivernaux, ceux qui entretiennent la sévère réputation des Grands Causses,  sévissent de plus en plus rarement avant Noël.

Coeur hivernal : 21 décembre - 10 février

"A la St Vincent, l'hiver reprend ou se casse une dent"  ou encore  "A la Chandeleur, l'hiver se meurt ou reprend vigueur". Logiquement, c'est le moment des vagues de froid les plus fréquentes, néanmoins la variabilité ne cesse de contrarier les tendances les plus tenaces. L'hiver connaît toujours ces phases de rémission, qui laissent quelquefois des semaines entières la steppe caussenarde à découvert. Les habitants demeurent donc attentifs à ces "sautes d'humeur" , toujours surpris de voir leur respectable "Hiver" désarçonné par des " souffles du Midi dévoreurs de neige".

A regret pour les nostalgiques de cette rigueur saisonnière, les hivers d'antan ne font  plus légion depuis la décennie 1990. Les  longues périodes de douceur prennent le pas sur les vagues de froid. Même si les systèmes pluvio-neigeux persistent encore dans leur intensité, la limite pluie-neige remonte inexorablement en altitude, et les manteaux neigeux se réduisent comme "peau de chagrin".

Hiver printanier : 11 février - 31 mars

"Neige de février tombe comme dans un panier". La longueur des jours  favorise un meilleur bilan radiatif, alors des températures plus clémentes assurent une fonte rapide des "neiges mouillées" et même des "neiges sèches" souvent soufflées par le vent.

C'est surtout la période des plus grands contrastes thermiques, car les flux de Sud anticycloniques se prolongent, alors que les brutales coulées arctiques deviennent plus brèves. Cette évolution favorise la pénurie des précipitations, notamment les systèmes pluvio-neigeux. La tradition des "Marsincades" semble  s'essouffler, ces journées hypertoniques, où se succèdent brutalement vigoureuses giboulées et lumineuses éclaircies,  perdent nettement de leur éclat.

             

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Ce tableau de synthèse permet d'estimer les tendances globales du climat caussenard, en fonction des principaux types de circulation atmosphérique répertoriés de l'Atlantique-Nord à l'Europe. Ainsi peut s'établir une comparaison des types de temps qui en découlent, de part et d'autre de la ligne de crêtes cévenole. Les différences d'intensités de couleur pour chaque type de circulation mettent en évidence certains contrastes entre l'escarpement cévenol et la zone interne de cette "Montagne Languedocienne", essentiellement en raison de l'influence du relief sur le comportement des masses d'air. Ces contrastes se développent dans les deux sens, toujours avec une intensité surprenante. Par flux du quadrant Nord-Ouest, le passage de la grisaille à la luminosité s'avère flagrant au 'Pas de l'Escalette".  A l'inverse, lors d'un épisode méditerranéen bien centré sur les plaines languedociennes, le débit pluvial s'amenuise brusquement après Le Caylar. Seuls les flux anticycloniques de Sud , ou quelques entrées maritimes s'apparentent sur l'interface, il s'agit en fait de l'ensemble des temps calmes, ceux qui donnent le meilleur impact méditerranéen au Sud-Aveyron. Sinon, en raison d'une prédominance  des influences océaniques, l'ambiance souvent fraîche des Grands Causses ne peut rivaliser avec la tonicité ensoleillée des "serres cévenoles" !